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La robe Harmonie

Il est de ces jours où l’on se doit s’être habillé du mieux qu’on peut. Voire que l’on se doit d’épater un peu la galerie. Ces jours-là, j’ai définitivement du mal à trouver LE truc à me mettre.

« Qu’à cela ne tienne ! Susurra Super Louise à mon oreille. On va te le faire LE truc à te mettre ! »

Quand Super Louise dit ça, on se dit que ça ne peut que bien finir. Mais on a quand même la peur au ventre.

Ça commençait mal : je n’avais plus de papier à patron. Alors Super Louise est allée fouiller dans les existants… et elle s’est souvenu de ÇA :

La robe du Burda de novembre 2011 ! Moi, j’aime beaucoup son sens de l’humour à Super Louise. « Mais si mais si ! qu’elle ajoute, Colette a dit : avec une viscose, un tissu lourd, ça devrait fonctionner ». Alors on a cherché un tissu lourd. On en a trouvé un violet. J’aime bien le violet, ça change. Super Louise aussi, ça change.

Comme Super Louise était dans le coin, ça ne pouvait pas s’arrêter là. Il fallait qu’elle ajoute sa touche personnelle. Le petit truc qui fait que les copines diront « c’est toi qui l’as faite ? » parce que oui, c’est tout moi, voilà. Et nous avons trouvé.

Alors patiemment, nous avons coupé, cousu, surjeté, décousu les surjets, décousu les coutures, recousu, décousu, recousu, décousu un peu le bord parce que ça a pris deux couches de tissu nom de…, recousu, surjeté à nouveau, fait quelques points invisibles, oublié d’entoiler la parementure d’encolure, fait quelques coutures au fil noir pour s’apercevoir que, vraiment, ça n’allait pas, trouvé un reste de bout de fil violet, expérimenté une nouvelle technique d’emmanchure (ma… come si chiama questo…). Et voilà :

Oh je kiffe ! De plus près ?

Encore plus près ?

Ah bon ! C’est trop près !

Alors oui, tout en haut, au lieu de faire des plis, j’ai fait des pinces… (on ne voit pas bien mais on imagine)Et le petit détail : l’ourlet invisible (dit « ourlet à la Super Louise », parce que l’ourlet à la Louise, c’est plutôt : je surjette un gros coups, je replie en deux et je couds).

Comme cette robe avait pour objet cette fameuse soirée où-il-faut-être-parfaite et que cette soirée avait lieu le 30 mai, j’ai décidé de la baptisé du nom de la sainte du jour mais voilà tout le problème : j’hésite entre deux, Jeanne et Harmonie. Je propose un vote à main levé. Que celui qui lève la main me laisse un commentaire. Que celui qui ne la lève pas me laisse un commentaire. Que celui qui s’abstient aussi parce que c’est chouette les commentaires… :) Si vous pouviez indiquer dans le commentaire pour quoi vous levez la main, c’est mieux, mais l’important, c’est de participer !

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Épilogue : suite à la flagrante préférence pour Harmonie, cette robe s’appelle… Harmonie !

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Bonne fête mounette !

Elle ne jure que par les cols bénitiers et les matières fluides qui collent au corps. Si elle aime les couleurs flashy – vous la verriez dans son manteau rose ! -,  son homme préfère la sobriété, autant dans les couleurs que dans la forme. Et comme son avis a beaucoup d’importance, il faut savoir faire quelques concessions.

Voici donc mon cadeau pour la fête des mères : un top loose – je ne vous le présente plus, il est et – dans un jersey très fluide qu’il faut que je brûle pour savoir si c’est du synthétique ou pas. Et comme à chaque fois que je le faisais (c’est en fait le quatrième, il y en a un dont je n’ai pas la photo), je culpabilisais de ne pas en faire un pour  ma mère finirait par me reprocher de ne pas y avoir pensé pour elle… c’est réparé !

Par ailleurs, c’était mon premier (je pense qu’en fait c’est mon deuxième mais je ne me souviens plus…) ourlet à la recouvreuse, un résultat PRO-FES-SION-NEL pour vos cheveux.

 

À part ça, j’aime bien mon cintre rose.

 

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Un dimanche.

Aujourd’hui, j’ai cherché du fil violet. J’ai d’abord cherché dans ma boîte à fils traditionnelle :

Pas de violet.

Alors j’ai sorti la boîte à bobines orange-rouge-rose tirant vers le violet :

Tout de suite, ça en impose !

Mais pas de violet.

Alors j’ai pris du noir et Super Louise m’a enguirlandé (pour rester polie).

Je dis ça, je dis rien.

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La chemise d’Artagnan

Voilà toute l’histoire, et elle est longue à raconter : un jour que mon homme devait partir, il me demanda d’attendre à la maison son père qui avait prévu de passer en attendant un rendez-vous avec… je ne me souviens plus bien… peut-être un charpentier ou un plombier ou encore un architecte.

Son père arrive. Je l’accueille avec un café et lui montre une de mes dernières fiertés, mon manteau aux couleurs écarlates. Comme à son habitude – tel père tel fils – il regarde attentivement, sans sourciller, sans montrer la moindre once de quoi que ce soit (et par « quoi que ce soit », j’entends bien sûr un doux étonnement). Certainement, c’est à ce moment qu’il me dit : « mais ! Il n’y a pas de boutons » et moi de lui expliquer qu’effectivement, mais je n’ai pas, pour l’heure, de boutons qui me convainquent. Et puis – mais je ne lui dis pas – les boutonnières me font peur. On ne sait jamais ce qu’il peut se passer.

Puis il me parle du gilet constructivo-futuriste. Il me demande comment je l’ai fait. Je lui réponds que je suis partie d’un gilet que l’homme avait, que ça m’a permis d’avoir les mesures, et qu’ensuite j’ai modifié le patron de base. Alors, sournoisement (mais je ne savais pas encore que ça l’était), il demande : « ça veut dire que vous pouvez reproduire n’importe quoi à partir d’un vêtement existant ». Et moi, toute fière, je réponds : « oui, c’est à peu près ça ».

Que n’avais-je pas dit ! Trois jours après, mon homme me ramenait une chemise ancienne, type Trois Mousquetaires : « tiens ! Mon père voudrait que tu lui refasses la même ». Et là, je comprends la hauteur du désastre : double poignets, double-col, petits plis, liens, boutonnière pleine de bouton : rien ne m’était épargné. Moi qui aime les top minutes, j’étais servie, il fallait que je fasse une chemise à la d’Artagnan.

J’ai tenté de gagner du temps : « dis à ton père que je n’ai pas le bon tissu ». La semaine suivante, on me faisait porter un grand drap blanc, exactement ce qu’il fallait. Je capitulais en planchant sur le patron. On était alors en février et mon beau-père avait précisé : ce n’est pas pressé. Heureusement…

Le projet a avancé doucement. D’autant plus doucement qu’alors qu’il était presque fini… évidemment… j’avais fendu la manche gauche devant, au lieu de la fendre derrière. J’ai dû toute la refaire : petits plis, biais, poignet 1, poignet 2…

Mais voilà : c’est fini ! FINI ! FINI ! FINI ! FINI !

Ouf !

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Du constructivisme futuriste

Il y avait en ces temps là une exposition sur les 150 ans de la mode en Italie. Nous fêtions alors autant d’années de la réunification de ce beau pays qui avait eu, en ses débuts, Turin pour capitale.

L’homme et moi nous décidâmes à y faire un saut par un jour d’hiver, entre Nöel et nouvel an (après un passage de rigueur chez nos amis Nadine et Robert, près de Chambéry). Des robes de grandes beautés bien sûr, comme toujours : dentelles, amples crinolines, tournures, froufrous, traînes, capes de velours, strass et paillettes. Quand soudain : des vêtements pour homme ! Croyez-moi que je n’ai pas été la première à les repérer, et qu’on est de surcroît venu me chercher à mes dentelles pour m’y mettre le nez.

Cette partie de l’exposition était dédiée au futurisme en Italie, et représentée par des vêtements des plus originaux pour homme de Giacomo Balla et Fortunato Depero et dont voici quelques exemples :

Fortunato Depero, gilet futuriste

 

Giacomo Balla - Étude pour une veste futuriste d'homme - 1914

Giacomo Balla - Étude pour une veste d'homme de matinée, 1914

Ils sont peu nombreux, les hommes qui accepteraient de se balader avec ce type de vêtement sur le dos. Le mien en fait partie je crois.

Plus tard, celui-ci trouva un tissu de style constructiviste russe et me dit : « ça ferait un beau gilet futuriste ça ! ». La commande était insidieusement passée, tant et si bien qu’au Noël suivant, c’est-à-dire à Noël dernier, je planchais sur la question.

Comme je lui avais déjà fait un gilet, j’avais déjà ses mesures et un patron de base utilisable. Je voulais, comme dans les vestes de Giacomo Balla, mélanger des formes très géométriques de deux façons : sur un pan du gilet, faire des formes arrondies, sur l’autre, des formes droites, et que jamais les angles ne soient perpendiculaires. Je voulais aussi que le col soit très original, en diagonal. Surtout, je voulais qu’il soit portable, et que je n’aie pas honte quand il sortirait avec, mais le tissu choisi était plutôt discret dans ses couleurs.

Très de bavardage, voici le résultat :

Et voici quelques détails :

Quelques précisions sur les tissus : le tissu russe est un tissu d’ameublement très épais ; la doublure et le dos sont du tissu de doublure en acétate (je pense) marron. Les boutons ont été choisis par l’homme (au départ, je pensais l’enrubanner mais au final, ça cachait le devant).

Derniers petit détail : le livre qu’il tient…