C’est fait : j’ai accouché. Je ne ferai pas le récit de ce moment épique, euphorique, éprouvant, vital. Je m’en sors très bien, non pas que je risquais de mal m’en sortir mais il y a toujours un risque, un doute, une probabilité et j’ai encore eu de la chance de ce côté-là.
Je voudrais parler d’un truc. Ce truc s’appelle le Réflexe d’éjection dysphorique : le R.E.D., comme Axèle. Il faut AB.SO.LU.MENT en parler, il en va de la santé publique. Pour la faire courte : j’allaite mon fils (ouiii ! c’est un garçon !) et quand j’ai une montée de lait, j’ai une sensation d’angoisse dans mon corps. Je dis bien une sensation : ça n’est pas une véritable angoisse qui a un point de départ (du genre : mais comment je vais faire quand le papa va reprendre le boulot ?). C’est la sensation de l’angoisse. Elle n’a pas d’objet. Elle serre le ventre, la poitrine, contraint la respiration.
Vous imaginez ? Il y a des femmes pour qui la sensation est encore plus forte et qui préfèrent arrêter l’allaitement. Il y a aussi beaucoup de personnel soignant (tous ceux que j’ai rencontrés depuis que mon fils est né) qui ne connaissent pas cette « perturbation », cette « anomalie ».
Pour le moment, il n’y a pas de réponse – ou plutôt, comme souvent pour les pathologies spécifiques aux femmes, on les encourage à « d’abord, comme pour de nombreux troubles et pathologies, mettre des mots sur ce que l’on ressent (…) : les mères ayant ces ressentis difficiles lors du réflexe d’éjection ne sont pas « folles », elles ne sont pas seules à le vivre, et ça n’engendre rien de grave pour leur enfant. En effet, prendre conscience du trouble que l’on a, le comprendre, et s’éduquer à ce sujet peut être l’un des meilleurs remèdes, »1. Ouarf. Bah moi je le connais bien et je peux vous dire que j’apprends juste à vivre avec, comme souvent.
C’est très perturbant parce que je connais cette sensation depuis l’adolescence. Vous me voyez venir ? Blablabla les hormones et tout et tout ? Depuis ma première grossesse, je revois cette période lointaine sous un prisme très différent : mes douleurs d’estomac ? Les hormones. Mes angoisses ? Les hormones. Mes changement d’humeur ? Les hormones. Et je n’ai pas encore fini de faire le tour.
J’aurais aimé qu’on me dise, à ce moment-là : ton corps vit un chamboulement, il va te faire des coups de Trafalgar mais tout va bien. J’ai fait des fibroscopies, j’ai vu des psy, j’ai cru que j’étais malade, différente. Mais non, c’était juste une machine qui se mettait en place. Et une fois en place, elle m’a laissée relativement tranquille. Je mets une nuance ici parce que j’ai pris la pilule pendant 15 ans. Quand j’ai arrêté, tout à coup, je n’avais plus mal au ventre, plus de sensation de soif intense…
Bref, j’espère que quand mes enfants seront ados, je me souviendrai de tout ça et je pourrai les rassurer.
Quelques informations complémentaires :
- de la Leche League : https://www.lllfrance.org/vous-informer/votre-allaitement/situations-particulieres/1702-le-reflexe-dejection-dysphorique
- de la D-Mer (en anglais) : https://d-mer.org/
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